Cette étape de travail de 3 mois à Marseille et Toulon constitue le premier volet d'un projet de trois. Il en constitue l'introduction. Un « repérage actif » et se concluera par une présentation publique du travail.

Ces trois mois de présence se répartissent en sessions de 2 semaines de janvier à septembre 2010.

Le projet Smala est un jeu de pelote basque, il consiste à prendre les documents dessinant autant de possibilités de la Smala, les lancer sur les murs des villes où Abd el Kader séjourna, en vérifier l'écho, le suivre.

Aujourd'hui, deux échos, deux pistes sont identifiées et seront suivies pendant cette première étape.

Le projet smala n'est pas un dispositif, un processus dans lequel nous demandons aux participants d'entrer. Il n'est pas non plus une suite de gestes spectaculaires, scénographiques, ou protocolaires. C'est un travail contextuel s'élaborant, dans tous ses aspects, plastique, scénographique, textuel, à partir d'un environnement et de ceux qui « l'habitent ».
Il tente, le temps d'un projet, de dessiner un NOUS, protéïforme et temporaire.
Ici une équipe, un lieu d'accueil, des imams, des femmes du quartier, des chercheurs.

Ainsi, hormis les outils favorisant l'apparition du projet aucune forme n'est prédéfinie et le mode de présentation final sera le fruit du travail réalisé.

Exploration des schémas exotériques musulmans à Marseille. Ou, traverser Marseille par ses salles de prière.

Abd el Kader attend son bateau. Des pèlerins revenant de La Mecque apprennent la présence de l'émir à l'hôtel des empereurs. Ils s'y rendent pour lui présenter leurs hommages.
C'est l'heure de la prière. Abd el Kader les y invite. En quelques instants, le hall de l'hôtel se transforme en salle de prière.
Au plan d'Aou, le schéma exotérique se fait au scotch.
Au plan d'Aou, des salles de prière, il y en a trois : une algérienne, une comorienne, une turque. « mais en définitive tout se mélange et pour la prière du vendredi, on prie tous chez les algériens ». On n'entre pas dans la salle, on la regarde sans y entrer... « vous comprenez, les chaussures... et puis... » C'est un rez-de-chaussée qu'aucun architecte n'aurait pu imaginer en appartement. La pièce est orthogonale. L'oeil occidental s'arrête sur le rideau qui sépare les hommes des femmes. Au sol une moquette épaisse, un tapis à la taille de la pièce. Et, contredisant, luttant peut-être contre l'orthogonalité, des lignes de scotch posées au sol guident et alignent le croyant en direction de La Mecque. La foi contredit tout en s'arrangeant du modernisme. Elle réoriente le bâti. Vieille histoire ici « le port est dirigé vers La Mecque et la cathédrale regarde l'Algérie ».
Histoire d'orientation?

Selon Bruno Etienne la Smala est un schéma exotérique. Ici le schéma exotérique se dessine au scotch sur le sol. Et réoriente l'espace. Schéma importé mobile. Comment, aujourd'hui ou depuis le XVIe siècle (date du premier lieu de prière musulman à Marseille) se dessine l'exotérisme, la forme visible et profane que prend la foi ?
Des trois salles de prière du plan d'Aou au hall d'hôtel du XIXe en passant pas le premier lieu de culte musulman et tous les autres aujourd'hui créés ou en création. Comment se dessinent-t-ils? Qui les construit? Quelles en sont leurs histoires? Comment improvise-t-on, au début, un lieu pour prier?

Pour nous la première piste à suivre : « Marseille réorientée au scotch ». Nos premiers guides, les Imams du plan d'Aou.

Avec eux, traverser Marseille par ses différents lieux de prière, recueillir les récits de leur construction, leur élaboration...
Dresser une carte possible de Marseille en référence ou hommage à Smala :

la hawma/le douar. 1er douar : les femmes

« c'est drôle que tu me parles de l'actualité de la Smala ici... ici à part les cercles, les douars... je veux dire les cercles d'amis ou ceux que l'on peut retrouver au pied des immeubles...je ne vois pas »
Nassreddine HASSANI, extrait de la vidéo Smala/Villeurbanne, septembre 2009.

Elles sont toutes assises sur des banquettes réparties le long des murs de la pièce, elles nous posent deux chaises et nous fermons le cercle. Voilà le premier cercle que nous croisons ici, celui des femmes au rez-de-chaussée d'un immeuble vide. Elles vivent au plan d'Aou mais pas uniquement, certaines viennent de plus loin. Elles sont nées ici, à Alger, Tizi Ouzou, Oran, Mascara, d'autre viennent de Tunisie. Elles viennent du quartier mais pas seulement, tissent un réseau à l'échelle de la ville que la logique urbaine ne peut directement appréhender. Un tissu relationnel plus que cadastral évoquant possiblement les formes d'organisation urbaine de l'Algérie précoloniale.

En parallèle de cet atelier, des rencontres avec des chercheurs dont Isabelle Grangaud (CNRS/MMSH, Aix en Provence) seront organisées.