Dans une pièce en sous sol nous nous installons, poussons les tables enlevons les décorations de noël restées là. « c'est la salle des sénégalais » nous avait-on dit un peu plus tôt. Au mur nous posons quatre affiches ou fresques, la prise de la smala, un plan de la smala, l'arrivée des prisonniers et Abd el Kader au Lazaret et une fresque tentant de synthétiser les rapports ou relations que tissent les lettres ; un dialogue entre l'émir vaincu et l'Etat (la monarchie de Louis Philippe puis la république), avec pour courroie de transmission, l'armée.

Quelques représentants des centres sociaux de Toulon, Boualem le programmateur de l'espace Tisot et le directeur du foyer sont venus. André Bensoussan à qui nous devons la découverte de ces lettres aussi. Les résidents ne sont pas là. Quelqu'un va les chercher. Peu à peu, de vieux messieurs entrent dans la pièce, quelques-uns, plus jeune aussi.

Nous montrons des images, tentons de résumer le parcours d'Abd el Kader ; le début de son incarcération, les mensonges des militaires, de l'Etat... Les lettres sont en pile, sur les tables, nous en lisons des extraits.

Silence des Chibanis et sourires polis.

La discussion néanmoins s'engage, André corrige quelques points, mâtine la présentation peu glorieuse que nous faisons des militaires. Boualem s'interroge sur la justesse des traductions des lettres de l'émir.

Côté Chibanis, silence.

Nous posons des questions. Abd el Kader ? Vous connaissiez ? Il y a ici des Algériens ?

L'un d'eux intervient. « lui ! Il est algérien » et vous connaissiez Abd el Kader ? Le même traduit en arabe à l'Algérien qui répond par un hochement de tête affirmatif.

Le traducteur lui, connait Abd el Kader, il l'a « apprit » en Tunisie. « Un grand guerrier. » « Il est dans beaucoup de livres là-bas » Il prend une lettre posée sur la table, la tend et dit « pourquoi ils disent ici que c'est un homme dangereux ? Il défendait son pays non ? »

Nous lui demandons s'il reçoit du courrier, il éclate de rire « il y a internet, les mails ! » Nous lui demandons s'il recevait des cassettes. (Rire) encore « il y a skype, je l'utilise tous les dimanches au taxi phone à côté d'Auchan »

Des rires au fond, Boualem et Boubaker regardent une lettre en arabe. Nous l'avons imprimé à l'envers.







Prise de la Smala par le duc d'Aumale
La prise de la Smala







Les prisonniers du fort Lamalgue
Les prisonniers au fort Lamalgue







Le plan de la Smala
Le plan de la Smala