"Ici, c'est comme une prison, il n'y a pas de balcons, les couloirs sont étroits, on ne peut pas inviter quelqu'un parce que la chambre est toute petite. Il n'y a que la cuisine qui est grande.
Le foyer API va être diviser en deux. Je crois que cette division c'est pour que les vieux soient mieux pris en charge, qu'ils puissent recevoir des soins par exemple. Parce qu'ici il n'y a pas d'ascenseur. C'est dur d'être en haut. Quand j'ai demandé à descendre ils m'ont trouvé une chambre au premier étage. Antoine par exemple, il a une maladie à a la jambe. Il reste toute la journée au foyer. Il ne sort jamais.

Une prison aussi parce que je ne peux pas avoir d'appartement.

Je voudrais être dans le centre ville

En France, le problème c'est le piston pour avoir un logement. Ça fait 5 ans que je demande un appartement en HLM. Il y a beaucoup de gens entre moi et l'appartement, je ne peux plus attendre. 5 ans ! Et je n'ai toujours pas de réponse ! Tout les ans, il faut refaire un dossier, avec les fiches de paie, les impôts, l'adresse. Une fois le dossier prêt, il faut le déposer, quelqu'un enregistre, te donne un numéro et il faut attendre. Il faut attendre 100 ans" (rires).

Il sort un courrier de sa poche, attestation d'enregistrement départemental d'une demande de logement locatif social. Joint à celui-ci, un autre lui indiquant son numéro d'affiliation : L/2002528 et un petit papier rose, avec, manuscrit, un nom et une heure de rendez-vous. "Il faut patienter !" Baladé entre la mairie et le bureau du logement dans le quartier Berthe, il ne désespère pas. "Je vais venir toutes les semaines, pour qu'ils ne m'oublient pas."

Coincé ici

"Je suis arrivé en France à l'âge de 20 ou 22 ans. Au départ, je ne devais resté qu'un mois pour les vacances. J'avais un travail en Tunisie. Je venais voir de la famille. Et puis on m'a proposé du boulot, on m'a dit qu'on avait besoin de moi. Rapidement cette personne m'a fait un contrat. Je suis donc resté. J'ai travaillé 7 ans pour elle. J'avais deux cartes; une carte de résident et une carte de travail. J'ai habité à Nice, à Menton, juste à côté de Monaco. Puis j'ai habité à Six-fours dans les années 80 avant de venir au foyer ici dans les années 92 ou 96.

Je ne peux pas aller en Tunisie, parce que j'ai cotisé ici et pas là-bas. Et puis je ne suis pas encore à la retraite. Je suis né en mars 1955. Dans 4 ans, j'y serais. Je ne peux pas laisser tout ici, sinon je perds mes droits, je touche une pension d'invalidité. Donc, dans 5 ans, je me vois un peu ici, un peu là-bas. Ici, la retraite, là-bas, les palmiers. C'est mon pays natal. J'y ai un jardin avec des légumes, de la salade. Et puis je bricole aussi. Je préfère manger des tomates là-bas, parce qu'ici elles sont pleines de produits chimiques.

J'ai un fils, là-bas qui a 24 ans, il est chauffeur de taxi. Ici c'est difficile maintenant, avant c'était rigolo. Il vaut mieux qu'il reste là-bas. J'ai deux autres fils, dont un qui est toujours à l'école. 2 de mes filles sont aussi à l'école et la troisième est en formation informatique.

En Tunisie, j'habite dans une oasis, je suis loin des villes. C'est pour ça que ma famille n'a pas été trop touchée par ce qui s'est passé en Tunisie. C'est par la télévision ou par les coups de téléphone aux copains que je me suis tenu au courant de ce qu'il y a eu dans les villes. Le président tunisien n'est pas un ennemi, mais un voleur.

Tu sais que pour toucher sa retraite là-bas, il faut faire tout les ans, un certificat de vie."

Sortir

"Du foyer, du quartier Berthe au centre ville, il y a des coins, où je n'aime pas aller. J'ai fais une route droite où je suis bien protégé, une route où il n'y a pas d'invisible. Une route claire où je vois d'ici jusqu'à la Seyne-sur-mer. (rires) Régulièrement, je descends boire un café au port, à côté de la mairie. Des fois je joue au domino mais jamais aux jeux de cartes. Je vais aussi à Sanary, ou au Brusque. Je vais souvent à Toulon, au marché, il y a de la bonne viande la-bàs. Je peux y aller en voiture ou en bateau. Pour me baigner, je vais aux Sablettes ou au Busque.

Je vais partout en fait."