Très tôt il nous parle de ce que cette correspondance lui évoque : une collection, un fond documentaire, un ensemble de lettres et photos stéreoscopiques de soldats noirs et marocains pendant la première Guerre mondiale, prises sur le chemin de Crosne à Verdun. Il les a trouvées à Calais, après avoir fait des recherches pour écrire une pièce de théâtre à venir, peut-être...

Pourquoi ? " D'abord parce que quand la crise pétrolière de 73 a apporté un vent de racisme ici. A l'école, on me disait 'voleur de pétrole' je ne comprenais pas bien. Ensuite parce que quand j'étais jeune, je jouais du clairon à Six-Fours pour sonner les morts, et que sur les monuments aux morts, il n'y avait pas beaucoup de noms maghrébins. (A Six-Fours, ils ont déplacé ce monument). Et puis j'ai fait l'armée en 76, on chantait une chanson 'c'est nous les régiments d'Afrique' mais là encore on ne parlait pas vraiment des arabes mais des légionnaires. Tous ces évènements visibles ou invisibles m'ont posés question. "

Pour lui, les français avaient peur d'armer les maghrébins parce qu'une fois les armes en main, ils auraient pu se retourner contre eux dans leurs colonies. On cantonnait, par exemple les chinois à des tâches, blanchisserie ou ramassage des corps. Boualem raconte aussi une anecdote de la guerre, où sur une colline du Nord, tombaient 1000 hommes par heure." J'ai récupéré beaucoup de documents pour montrer à ceux qui ne savent pas que la guerre ne s'est pas faite comme ça, qu'avec des français. "

Plus tard, il nous les montrera, ces photos-reliefs sur plaque de verre à regarder avec des " jumelles ". Effet de réel saisissant, comme nos lettres, impression de temps annulé et projections de ces hommes (poilus ou prisonniers d'ailleurs) dans un perpétuel présent.

Toute une histoire tient entre nos deux collections, entre la lettre 318, faisant état de la demande des prisonniers à incorporer l'armée française, après l'abdication d'Abd el Kader et ses clichés des troupes coloniales.

Tout ? Pas tout à fait, il faut l'histoire du père, le sien, représentant de cette histoire commencée dans cette lettre 318