Attendre comme un sport national ou une occupation lourde et quotidienne. L'espace public comme une immense salle d'attente, des hommes appuyés aux voitures aux éternel debout des terrasses de café. L'attente aux guichets pour un papier ou un abonnement, trompé par le petit tour que l'on doit faire pour photocopier encore une fois son passeport. Jusqu'à ces paraboles à tous les balcons bouches ouvertes attendant les ondes de France (de moins en moins) ou des chaînes arabophones. Jusqu'aux barrages policiers dont la principale vertu pédagogique semble être l'apprentissage de la patience dans les bouchons qu'ils engendrent.

La ville n'est qu'une enveloppe. On nous dira « Alger, on en a hérité, mais elle n'est pas à nous. On n'investit pas l'espace public ». Une enveloppe, une méga structure sans mode d'emploi. Un espace public désinvestit, espace de l'attente quand, en Europe, il n'est plus que celui de la marchandise et de la consommation de biens, de symboles ou de culture.

Il y a ici ce que certains appellent la bunkerisation, héritage de la décennie noire, qui a vu le repli des individus sur la sphère privée, le couvre feu social qui à 20h, vide les rues aussi sûrement qu'un week-end de l'Aïd. Il y aura bien quelques analystes urbains en mal d'authenticité, qui y trouveront l'héritage des palais Ottomans de la casbah, ces édifices retournés sur eux-mêmes pour protéger leur intimité autant que leur richesse et que la paranoïa poussera à se prolonger en réseaux souterrains pour s'en échapper. Mais Alger n'est pas là, pas même dans son patrimoine où l'identité, heureusement peut-être, se perd et se brouille en de brillants mélanges, médina, Turcs, le Corbusier, Français, Italiens, Pouillon, jusqu'aux nouvelles promotions immobilières de la périphérie, réponse au programme d'urgence qui sent les années 50 « construire vite et bien ».

On vit à Alger malgré son patrimoine. On y attend, par obligation ou désœuvrement et quelques milliers de caméras de vidéo-surveillances vérifient qu'on le fasse bien.

Ici plus évidemment qu'ailleurs traiter de l'architecture ou de l'urbanisme comme un en-soi ou une réponse à des besoins semble absurde. Ici plus qu'ailleurs peut-être, c'est la ville comme monde, espace littéraire plus que plan.