Je parle. Assis derrière un micro sous le portrait de Bouteflika, je parle. Parle d'un point de départ disparu, planté dans une histoire qui n'est pas la notre - quoique, peut-être avons-nous quelques bourreaux en communs. Je parle d'une capitale d'ici, détruite par l'armée française prétendument en notre nom, et de la manière dont nous avons utilisé son histoire pour interroger la notre dans les villes où fut incarcéré Abd el Kader.

Je parle et cherche des yeux quelques autres auxquels m'accrocher. Je demande si cela résonne ici. Si cette histoire peut interroger à plusieurs kilomètres et années de distance, la capitale d'ici et aujourd'hui. Je soumets deux fils à tirer, tendre et peut-être suivre : Lire Alger par le conflit, par les gestes urbains de contrôle que les colonisateurs ont initié et la possibilité d'interroger cette architecture légère et mobile faite de tentes et de bâches que la nécessité fait pousser en travers d'Alger.

Je soumets et demande face au silence des étudiants architectes.

C'est la fin, une étudiante s'approche « si nous sommes assez nombreux, vous nous proposez de faire un travail avec vous ? » « oui »

Elle revient plus tard avec une liste d'e-mail d'étudiants volontaires : un groupe !