Ancien cimetière, caché derrière de hauts murs qui longent le temps qui passe. Ancien cimetière chrétien et juif qui tente de gravir les bois qui le dominent, et de se hisser jusqu'aux pieds de la cathédrale Notre Dame de Saint Afrique. Tache verte dans le blanc algérois. Dans le cimetière, que de vieux morts. De ceux qui n'hantent plus personne.

Entrés une première fois par la porte proche du stade. Nous sommes suivis de près par un gardien et son chien, un vent de protection des européens souffle sur sa condition. Il suit, « au cas où » et prévient : « les délinquants ». Il ne nous lâchera pas et à 5, difficile de le semer. Oppressés, nous ressortons, longeons le haut mur blanc, empruntons une ruelle. Là, une seconde entrée, beaucoup moins conventionnelle. Elle est à 2 mètres au dessus de nos têtes. Un poteau planté là, invite à grimper. Quelques prises dans le mur, des tessons de bouteilles usés du passage clandestin. Nous sommes à nouveau dans le cimetière, un peu plus seuls. Quelques graffs prétendent à la zone libre. Nous grimpons les étages aux tombeaux juifs pillés, qui libèrent des morceaux de pierre ou de dalle, improvisant tables ici et chaises là. Et puis les bois, le maquis plutôt, ça grimpe encore. Nous sommes sous le téléphérique qui permet de rallier la cathédrale depuis le bas de Saint Eugène. Du vert, des arbres, quelques odeurs. Le bruit s'altère. La ville s'éloigne... Traces de vie clandestine, sièges improvisés, matelas sous les buissons. Le vendredi soir semble être le repère de groupes de musique qui s'installent sur une des nombreuses terrasses du cimetière, joueurs de domino, couples d'amoureux au lits de fortune, fêtards, jeunes et vieux et barbus.

« Ici, les flics n'entrent pas » c'est donc un hors du monde. Les terroristes paraît-il s'y cachaient aussi pendant la décennie noire. Sous le tapis de vert composé de plantes que l'on ne trouve nulle part ailleurs à Alger, il y a paraît-il un souterrain : la ville du dessous.

« La solitude, la plénitude, l'isolement, on cherche tout ça. Ici, tu peux contourner la société. Shootés, certains ont eu des hallucinations, ils ont vu l'Espagne au delà de la mer »

C'est le « squat », le lieu nécessaire à qui veut s'éloigner, s'isoler, échapper au contrôle des caméras, des uniformes, des voisins, des familles. On vient y chercher le « Khelwi » une certaine solitude ou plénitude, l'isolement. Là, au point presque le plus au nord de l'Algérie, où l’œil se coupe à l'horizon de la mer, nous dissertons, éthymologisons : « Khelwi » vient-il de « Khela », vide ? Est-il dissociable du principe soufi d'isolement ? Et, à part, « y a-t-il différentes qualité de Khelwi ? Quelle forme aurait pris Smala si Abd el Kader s'était isolé, non pas dans le désert, mais ici, sur le vert tendre de cette butte pour en dessiner le plan ? ».

Ici, semble être l'ailleurs où regarder Alger l'étrangère, les possibilités s'étendre et les rêves se confondre.